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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: mai 2008

mercredi 28 mai 2008

Pour enrichir le « débat d’idées » au PS...

Ca y est, nous ne sommes plus qu’à quatre ans de la prochaine présidentielle, le candidat Delanoë a déjà trouvé son créneau, son credo, son « buzz » à lui. Et il en est très fier : un livre est sorti, dont il est difficile de ne pas entendre parler. Il le clame sur tous les toits : il est « socialiste ET libéral ». Magnifique ! Enfin la gauche se modernise ! Enfin, elle fait son « bad godesberg », son coming-out anti-marxiste. La rhétorique est bien huilée, calibrée : Delanoë revendique un « héritage libéral », celui du libéralisme politique et culturel, tout en rejetant le libéralisme économique, mais en acceptant néanmoins l’économie de marché… Est-ce novateur ?

La droite dira que oui, qui appelle de ses vœux depuis longtemps cette gauche « enfin moderne » qui assumera, comme les autres partis sociaux-démocrates du monde, son rejet du marxisme et son acceptation pleine du libéralisme « politique » et du marché. Dans les faits, l’ « audace » de Delanoë n’est que sémantique. Il est dans la droite continuité des gouvernements de gauche depuis 1983 et le tournant libéral.
Ma volonté n’est pas de juger sa position. Elle a le mérite de l’honnêteté, et du rejet de la posture. Néanmoins, puisqu’il s’agit de réfléchir aux concepts, je me permets modestement d’apporter ma pierre à l’édifice.

Il faut interroger le postulat sur lequel se base Delanoë. Il affirme comme une évidence l’existence de deux libéralismes distincts : le libéralisme du gentil, politique et culturel, et le libéralisme du méchant, économique. Limpide ? En apparence, seulement. Déjà, va-t-il de soi qu’on puisse ainsi sectionner notre société en deux champs distincts (l’économique et le socioculturel) sans interférence possible ? Il est des penseurs, peu nombreux, pour affirmer que ces deux libéralismes affichés procèdent du même mouvement historique, de la même évolution civilisationnelle, et qu’il est illusoire de vouloir séparer aussi nettement le bon grain de l’ivraie. C’est par cette affirmation que s’ouvre le très brillant ouvrage de Jean-Claude Michéa, l’Empire du Moindre mal.

Le philosophe voit dans le libéralisme deux fondements essentiels : d’abord la construction au XVIIe siècle d’une « anthropologie négative », née du traumatisme des interminables guerres civiles de religion et affirmant que « l’homme est incapable de vrai et de bien » (Pascal) ou qu’il est un « loup pour l’homme » (Hobbes). Cette conviction implique une éthique de la résignation : puisque, lorsque les hommes veulent construire une société « idéale », cela se termine en bain de sang, il faut construire la société la moins mauvaise possible. Et pour y parvenir, le meilleur moyen est d’inviter les hommes à se servir de leur « raison calculante », et à consacrer leur vie à la poursuite rationnelle de leur propre intérêt. Le deuxième fondement a fécondé le premier : il s’agit de l’irruption de l’idéal des sciences naturelles, de façon quasi contemporaine. La rencontre des deux a donné progressivement naissance à la « science économique » (Smith, Ricardo), ainsi qu’à la « science politique » (Tocqueville, Constant), sur le modèle des sciences naturelles. La rationalisation de l’organisation collective s’est appuyée sur deux mécanismes permettant de concilier les intérêts particuliers : le droit et le marché. Deux ensembles de lois et de normes, dont la défense de l’un est aujourd’hui le dada de la « gauche » et la promotion de l’autre celui de la « droite ». Il s’agit de deux composantes distinctes d’une même matrice, mais ce qui les unifie est leur « a-moralité », leur même rejet des valeurs anciennes, qui ont supposément jeté le monde dans l’enfer. En effet, rien n’est plus étranger au droit et au marché que les valeurs morales de loyauté, de désintéressement, d’honnêteté et de générosité, et cela nous permet de nous interroger sur le sens des dérives actuelles de notre civilisation : extrême judiciarisation, extension ogresque des lois du marché, consumérisme, destruction des solidarités. Par exemple, on a tort de s’étonner que le capitalisme soit immoral, c’est sa vocation.

J’arrête là ce résumé sommaire et maladroit de la pensée de JC Michéa. Le mieux reste de lire L’empire du moindre mal.

Frédéric Garcias

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samedi 24 mai 2008

Le problème de l’énergie et la solution Pélamis

Tout le monde en parle, tout le monde a son idée sur la question : le développement durable est un sujet à la mode et cuisiné à toutes les sauces. Une des branches de ce vaste thème concerne l’énergie. Ce n’est plus un secret : les Européens et les Américains ne sont plus les seuls à en consommer. Les pays dit émergents se développent à un train d’enfer et passent de la grenouille au boeuf en terme d’emprunte écologique. Le pétrole étant une ressource limitée, les marchés s’affolent car peut être que dans 10, 20 ou 50 ans les ressources pétrolifères seront taries. Les estimations sont très diverses selon la provenance et le degré alarmiste de l’annonce.

Du coup le nouveau sujet intéressant notamment dans tous les cafés du commerce qui se respectent est l’énergie renouvelable.

Il y a d’abord le solaire qui est trop cher. En effet l’investissement dans un panneau plus la petite centrale et le raccord coûtent une petite fortune. Alors même si comme tout le monde le sait, à la fin on s’y retrouve, les ménages hésitent.

Ensuite il y a l’éolien qui est souvent considéré comme trop grand, trop moche et trop bruyant. C’est vrai qu’un champ de pylônes d’une cinquantaine de mètres chacun munis d’énormes hélices, ça fait désordre au milieu de nos si charmants champs. Il existe aussi un autre éolien plus urbain qui commence à se développer.

Le projet wind-it consiste tout simplement à intégrer des éoliennes dans les structures métalliques des grands pylônes haute tension qui peuplent déjà nos campagnes. En complétant avec un ou deux panneaux photovoltaïques, cela ferait une bonne source d’énergie

Il y a aussi les autres pistes, encore en développement : la biomasse, les piste de danse qui recueille l’énergie des pas ou des salles de sport qui sont en fait des centrales génératrices de courant. La fameuse blagues des pédaleurs cachés au sous-sol n’est plus très loin.

Un dernier domaine que l’on commence à explorer est l’énergie de la mer : les courants ou les vagues. Dans ce cadre je voudrais m’attarder sur un projet intéressant : le Pélamis. Une entreprise a mis au point un moyen de récupérer l’énergie des vagues et autres agitations maritimes. Il s’agit en fait d’une sorte de tube composé de trois ou quatre parties reliées par des joints. Ce tube de 150 mètre de long et d’un diamètre de 3,5 mètre est à moitié immergé. Quand une vague arrive les différentes parties du tube bougent et la force exercée sur les joints est à l’origine de l’énergie recueillie. Pour vous donner un ordre d’idée : une ferme énergétique composé de 40 Pélamis produirait assez d’énergie pour alimente 20 000 foyers. Pour le moment les coûts sont très élevés mais avec une fabrication plus industrielle, le Pélamis pourrait être un des éléments de la solution aux problèmes énergétiques mondiaux et à la montée des prix du pétrole.

Louis Cottin

Pour en savoir plus :

www.inhabitat.com/2007/10/01/portugal-builds-worlds-first-commerical-wave-farm/

www.pelamiswave.com/


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vendredi 23 mai 2008

Mai 68 & Finkielkraut

Le quarantième anniversaire de Mai 68 est à l’origine, sur l’étalage des librairies comme sur les ondes télévisées, d’une déferlante inouïe. À quoi d’ailleurs aurons-nous droit lorsque, dans dix ans, nous en serons à cinquante bougies ? Nul besoin de s’égarer en conjectures, contentons-nous de parler au présent. Dans la France de 2008, on ne peut que constater le désordre intellectuel qui se manifeste à la simple évocation de 68. Entre une certaine gauche qui sacralise le souvenir des « évènements » et une certaine droite (celle au pouvoir) qui fait de 68 ce que 36 fut pour les vichystes (soit la cause première du déclin et de la débâcle) il est laissé peu d’espace à des décryptages qui ne soient altérés par le fracas aveugle des idéologies d’aujourd’hui.


Une illustration de ce triste constat m’a été donnée hier lorsque je crus bon de me rendre à une conférence organisée par des étudiants de Sciences-Po sur les conséquences de Mai 68, et dont l’invité était Alain Finkielkraut. Alors que celui-ci n’avait pas encore ouvert la bouche, un groupe d’étudiants festifs –et peut-être sympathiques- fit irruption dans la salle, encerclant l’intellectuel au son de chants que je devinais être des hymnes gauchistes, et reprenant en choeur quelques citations parmi les plus caricaturales du professeur de l’X. Spectacle en réalité particulièrement déplorable. Quelques voix de gauche dans le public osèrent heureusement exprimer leur honte de voir ainsi leurs convictions usurpées par des fils de bourgeois s’adonnant à une dérisoire ivresse de la transgression par le folklore, et leur crainte de voir, dans le regard de l’autre, la jeunesse de gauche réduite à cette pantomime.

Il est certain qu’en se limitant aux polémiques surfaites tricotées par les médias autour de quelques propos certes navrants, mais nullement scandaleux, ou aux étiquettes collées à la va-vite, on s’étourdit du fracas ambiant, mais on reste sourd. Sourd à ce que, par exemple, M. Finkielkraut a de crucial à dire dans le combat contre le libéralisme déchaîné, dont Sarkozy est le VRP. Oui, Alain Finkielkraut, en dépit de ses dérapages et de ses obsessions, est encore un penseur précieux pour la gauche. Oui, il faut prendre le temps de l’écouter, par exemple quand il invite à une « écologie généralisée », bien sûr pour préserver la Terre, mais aussi la langue et la culture, et pourquoi pas l’Etat providence. Ou quand il déplore les conséquences du pédagogisme post-68, qui, en voulant démocratiser l’école, a accru la reproduction sociale. Ou quand il voit dans la « culture légitime » non pas un instrument de domination de l’élite économique (on sait bien que les détenteurs du capital économique dans la France d’aujourd’hui ne sont plus les défenseurs du capital culturel, mais ont plutôt tendance à être ses fossoyeurs) mais une base de résistance. Entre autres.

Quelle ne fut pas ma joie lorsqu’il évoqua les textes de Pasolini contemporains des révoltes de 68, dans lesquels le cinéaste, authentique communiste, fustige ces vrais fils à papa aux cheveux longs affrontant les CRS, pour la plupart vrais prolétaires. Il avait senti que la lutte des classes qui se jouait n’était pas celle qui s’affichait comme telle, qu’il y avait là comme un grand mensonge inconscient, un lapsus de l’histoire.

Je reprocherais cependant à Finkielkraut de se refuser à pousser à son terme cette analyse. Insensible aux problèmes économiques, il bute sur le pas qu’avait su franchir Pasolini, bien qu’il n’eut, hélas, pas le temps de voir ses intuitions se confirmer : affirmer que la revendication de liberté sans limites par le Mai étudiant a fait le lit du triomphe de la jungle économique libérale ; dénoncer le meurtre à petit feu du mai des ouvriers par le mai des étudiants bourgeois. Cette thèse hégélienne d’une ruse de la raison soixante-huitarde est aujourd’hui défendue par quelques intellectuels de gauche peu médiatiques, comme le philosophe orwellien Jean-Claude Michéa. Mais par une étrange hémiplégie intellectuelle, Finkielkraut ne semble pas voir que ce qui menace le plus ce à quoi il est à juste titre attaché ne réside pas dans les éructations de mauvais rappeurs commerciaux ou le bruit que font quelques lambris du gauchisme jeuniste. Mais bien dans l’expansion sans fin des lois du marché, dans l’injonction permanente à l’ « alignement » de la France sur les autres pays, dans la novlangue avilissante des multinationales, dans l’acculturation de masse organisée par les bétonneurs, dans l’exaltation de l’argent comme seul horizon de la jeunesse. Gageons qu’il finira par se servir de l’autre moitié de son cerveau, la gauche…

Fréderic Garcias

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jeudi 15 mai 2008

Elle est plus forte que toi la crise.

C’est la crise messieurs-dames, la crise. Les propos alarmistes se multiplient, de la bouche des ministres aux présentateurs de JT, ils mélangent allègrement les mots qui font frémir les français : inflation, baisse du pouvoir d’achat, se serrer la ceinture, les efforts nécessaires. Tout a commencé par une bête crise financière, comme il y en eu et comme il y en aura encore. Le mythe de l’éternel recommencement. La crise financière de base et son lot de remise en question du système financier global, qui amène l’espoir de l’épuration des boucs-émissaires visibles, comme les Jérôme Kerviel et la titrisation, qui cristallisent certains pêchés. Bien entendu, gardons nous par contre d’entamer des réformes en profondeur ou d’avoir une réflexion ambitieuse sur un système à la dérive, qui manque de régulation, voire même, de morale. Et puis tout d’un coup le système s’emballe, la crise des quelques traders (et de quelques familles américaines expulsées, mais cela semble bien accessoire dans les médias) touche l’économie réelle, les banques vont mal, la croissance diminue, les français consomment moins, l’inflation est galopante. Et là c’est vraiment la crise. Bien que le sort des français me semble important, la « dépression française » qui plaît tant à nos journalistes hexagonaux n’est pas celle qui m’inquiète. Je veux ici plutôt parler de la crise agricole, qui elle aussi prend de l’ampleur dans les médias. On la rapproche immédiatement de son expression : les« émeutes de la faim », qui se déroulent actuellement dans tous les continents, de Haïti aux Philippines en passant par la Côte d'Ivoire et le Sénégal, le Maroc et l'Egypte, le Yémen et l'Ethiopie, la Thaïlande et l'Indonésie.

La planète semble redécouvrir de façon brutale que l’agriculture est un secteur stratégique, alors qu’elle cause le blocage de l’OMC depuis plusieurs années. Il est certes notoire que les prix agricoles ont décollé, avec une hausse moyenne de 35 % en un an, qui atteint 120 % pour les céréales et 80 % pour le riz. Le Programme Alimentaire Mondial compare même la crise alimentaire à un "tsunami silencieux". Cette expression porte à la fois l'idée de l'urgence de la situation alimentaire mondiale, des graves conséquences à long terme sur le développement et d'un appel à un mouvement de solidarité internationale. En effet, aux 854 millions de personnes souffrant de la faim que comptait le FAO en 2007, s'ajoutent les 100 millions de personnes en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine qui, au cours des six derniers mois d'inflation des cours agricoles, ont basculé dans la précarité. Il faut surtout se rendre compte que les effets de la crise alimentaire entraînent une perte minimale de sept années de développement dans les pays les plus pauvres. Les causes de cette aggravation ont été expliquées. La spéculation sur les matières premières, l’accroissement de la population et son enrichissement, qui augmentent la consommation globale de matières agricoles. Bien entendu. Mais ces explications d’un phénomène conjoncturel ne doivent pas cacher les problèmes structurels qui sont derrière. Ils sont issus pour la plupart de choix économiques désastreux, basés sur la croyance des bienfaits pour l’humanité de la libéralisation des marchés agricoles et de la marchandisation tous azimuts. En se basant sur la nécessité de remboursement de la dette, le FMI et la Banque Mondiale ont contraint depuis des dizaines d’années les pays pauvres à réorienter leurs productions agricoles vers l’exportation. Ces pays ont ainsi dû délaisser leurs cultures vivrières, augmentant leur dépendance aux marchés extérieurs. De la même manière, sous l’égide de l’OMC et sous la pression des accords bilatéraux, les politiques agricoles de tous les pays et leurs tarifs douaniers ont été progressivement démantelés. Mais bien sur, pendant ce temps-là, nous avons continué à alimenter leurs marchés de nos produits sur-subventionnés et industriels, faussant ainsi ce qu’on souhaitait être un marché réellement concurrentiel. Sans parler des biocarburants devenus agrocarburants (dans un souci d’éviter la confusion du bio, puisque de toute façons leur bilan carbone est contesté dans la plupart des cas), voire des OGM, qui répondent aux intérêts des multinationales mais mettent un peu plus en danger la sécurité alimentaire mondiale.

Soyons clairs : je ne remets pas en cause la libéralisation de l'agriculture dans les pays développés. Mais je la remets en cause dans les pays en développement. La crise alimentaire actuelle a le mérite de choquer et de permettre de remettre en place les échelles collectives de priorités. Elle nécessite bien évidemment des actions de solidarité internationale d'urgence, afin de répondre rapidement à la pénurie des pays en difficulté. Mais elle pose surtout le défi de la création d’une alimentation durable pour demain. Seule une nouvelle révolution verte sera à même de nourrir 9 milliards d'hommes en assurant un revenu décent aux agriculteurs - qui représentent les trois quarts des pauvres - et en évoluant vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement. Mais au-delà des solutions technologiques, il est indispensable selon moi, de penser au « back to basics » : une des solutions à ce problème alimentaire est généralement oubliée : le dépérissement, notamment en Afrique, de la petite exploitation vivrière, celle qui approvisionne les marchés locaux en produits alimentaires : céréales, manioc, fruits et légumes, volaille, etc. L'agriculture traditionnelle a en effet largement fait place à des cultures à vocation industrielle (arachide, café, cacao, coton, caoutchouc...) destinées à l'exportation. Cette orientation productiviste, poussée parfois jusqu'à la monoculture pour un même pays (le coton au Burkina Faso, par exemple), a été appuyée par les bailleurs de fonds, par des politiques de coopération à courte vue, et on retrouve comme par hasard à l'origine, de grandes entreprises du Nord, qui en ont tiré de formidables profits. Ainsi, il me semble indispensable pour établir une sécurité alimentaire durable, de permettre la résurrection, dans les pays en développement, de productions vivrières traditionnelles et par le soutien de la petite agriculture familiale.
Pourquoi la petite exploitation ? Parce qu'elle contribue d'abord à l'alimentation de l'exploitant - qui souvent est une femme - et de sa famille ; parce qu'elle est proche de la demande et s'adapte de manière flexible aux marchés alimentaires locaux ; parce qu'elle crée des emplois stables ; parce qu'elle ne nécessite pas de mécanisation ; parce que le petit entrepreneur est motivé et trouve, dans sa condition de producteur, un surcroît de revenus et de dignité. Avec cet appui, on pourra créer un véritable tissu entrepreneurial local, garant à la fois de la santé économique du pays, du freinage de l'exode rural et d'un meilleur approvisionnement des marchés alimentaires locaux, ainsi qu’une moindre dépendance à l'égard des cours des matières premières.

En conclusion, il me semble important de rapporter les propos de Ban Ki-Moon, le nouveau président de l’ONU, qui n’est pourtant pas connu pour ses positions anti-libérales : « Il peut être tentant de laisser les marchés opérer leur magie. Si les prix augmentent, dit-on, l'offre suivra. Mais nous vivons dans le monde réel, pas dans celui de la théorie économique. Dans la vallée du Rift, au Kenya, le grenier à blé de l'Afrique orientale, les fermiers ne plantent que le tiers de ce qu'ils ont planté l'an dernier. Pourquoi, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que la hausse des prix les incite à planter plus ? Tout simplement parce qu'ils ne peuvent pas acheter d'engrais, dont les prix connaissent une augmentation vertigineuse. Nous constatons la même chose au Mali, au Laos ou en Ethiopie. C'est la recette même du désastre. »
Tout est dit selon moi. Le marché, c’est bien, mais encore faut-il qu’il soit réellement concurrentiel, et non subventionné d’un côté et non de l’autre. Mais la base, ce sont les agriculteurs, leur environnement et leur survie. Assurons-les tout d’abord d’avoir un débouché, à commencer par leur famille. C'est à l'écart des impacts meurtriers et des fluctuations de la mondialisation, par une approche locale et suivant des pratiques anciennes rendues plus productives, que réside, pour une bonne part, la clé de la sécurité alimentaire des pays pauvres. Le droit à la souveraineté alimentaire constitue le premier fondement d'un commerce agricole équitable.

Caroline Le Moign

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