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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: juin 2008

samedi 14 juin 2008

Lueur d'espoir au Liban

Les Libanais reprennent de l’espoir mais ils sont toujours sceptiques quant à l’avenir de leur pays…

Trois années se sont écoulées depuis le départ des troupes syriennes qui occupaient le Liban et y imposaient un régime de tutelle totalement subordonné à la volonté d’hégémonie du pouvoir dictatorial syrien. La majorité issue de la révolution pacifique du Cèdre et des élections du printemps 2005 n’a pas eu les moyens de mettre en application la totalité de son programme de redressement du pays en raison d’un blocage systématique par l’opposition orchestrée par le Hezbollah dont toutes les activités sont financées par le régime des mollahs de Téhéran. Le Hezbollah a usé tout récemment de sa force militaire pour contrôler Beyrouth dans une invasion militaire qui a toutes les caractéristiques d’un coup d’état.

L’intervention de Qatar appuyée par la Ligue Arabe - et profitant d’une conjoncture régionale favorable - s’est soldée par un accord entre les protagonistes libanais mettant fin à un vide constitutionnel au niveau de la Présidence du pays qui durait depuis plus de six mois et le Liban a désormais à sa tête un président consensuel, M. Michel Sleimane.

Mais le Liban n’est pas au bout de ses peines. Le gouvernement d’union nationale n’a pas encore vu le jour devant les exigences abusives des forces de l’opposition liées à l’axe syro-iranien, et le Hezbollah ne cesse de clamer son attachement à son armement, chose incompatible avec la consolidation de la force de l’Etat qui doit monopoliser l’usage de la force armée, comme il se doit dans tout Etat souverain.

Les démocrates libanais ne veulent pas dilapider les acquis du Printemps de Beyrouth et essaient malgré les difficultés de garder la barre le plus haut possible dans l’espoir de bâtir un Etat souverain, indépendant et capable d’assumer ses responsabilités.

L’appui de la communauté internationale à l’indépendance du Liban ne doit pas faiblir. Une reprise trop rapide de relations normales des pays démocratiques avec le régime syrien, alors que les ingérences syriennes néfastes dans les affaires libanaises se font toujours lourdement sentir, donnera l’occasion à la dictature syrienne de redorer son blason et enverra un mauvais signe à la majorité des Libanais rêvant d’un Etat moderne, pluraliste, démocratique et ouvert sur le monde moderne.

La révolution du Cèdre a pu tourner la page de l’hégémonie syrienne au printemps 2005 grâce à l’appui de la communauté internationale. Et elle a toujours besoin de cet appui pour que le Liban ne soit pas transformé en « province syrienne » ou que le Hezbollah n’en fasse une « tête de pont de l’Iran dans la Méditerranée ».

Samar Mouawad

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samedi 7 juin 2008

Changer le monde sans changer l’Etat ?

L’entrepreneuriat social, ou plus largement les formes de Responsabilité Sociale de l’Entreprise, en répondant aux besoins pressants des populations marginalisées, ne préfigurent-ils pas, à terme, une dangereuse disparition de l’Etat, de son rôle de redistribution et de cohésion sociale ?

L’entrepreneuriat social répond à une demande de solidarité et d’humanisme que peine à satisfaire l’Etat. Il s’agit de trois grands domaines, pour schématiser : la RSE en grande entreprise, l’Insertion par l’Activité Economique et les entreprises adaptées, et enfin, le Commerce Equitable et les ONG. Fervent défenseur de la régulation économique et l’action publique et collective, j’aimerais montrer que l’entrepreneuriat social, en tant qu’action privée, peut être un levier intéressant pour faire bouger les choses, mais qu’il doit être combiné à d’autres formes d’engagement.


Comme tout acteur économique, les grands groupes qui se lancent dans des stratégies de RSE (triple bottom line, multi stakeholder initiatives, double value creation…) ne doivent pas être conspués. Il faut rester extrêmement exigeant, afin que ces stratégies (trop souvent encore marginales et noyées dans l’activité titanesque du groupe) ne soient pas une opération de blanchiment d’image pour 1€50… mais il n’est pas possible de rejeter en bloc ces initiatives, et il faut les soutenir, puisque les grandes entreprises sont des acteurs incontournables de tout changement de société. Starbucks se fournit en partie en café Commerce Equitable, ou la BNP signe les principes de l’Equateur (engagements pour une finance responsable de l’impact de ses investissements)… et alors ? Il faut les interpeller lorsque l’un ou l’une déroge aux principes affichés, mais pas refuser ces démarches « responsables » à priori. Les grands groupes, s’ils font des efforts pour limiter leurs propres impacts sociaux et environnementaux, ne s’engagent jamais politiquement pour aider une opposition démocratique dans un pays dictatorial ou soutenir un modèle de société plus humain…

Autre champ de la « lutte pour un monde meilleur », plus local et ciblé : le milieu de l’économie sociale et solidaire. Il s’agit de l’Insertion par l’Activité Economique (avec ses diverses structures : EI, AI, ETTI, ACI) et les Entreprises Adaptées, ainsi que les associations agissant en France. Nous verrons ensuite le Commerce Equitable et les associations agissant à l’étranger. Ce secteur entend lutter contre la marginalisation de chômeurs de longue durée, d’anciens détenus, ou d’handicapés physiques ou mentaux. Il relève donc plus ou moins de la lutte contre la précarisation (rôle de la puissance publique dans un Etat Providence comme le nôtre), mais fait partie du secteur privé. Or même si le rôle de l’Etat, grâce aux emplois jeunes ou aux emplois en mairie, est important, il convient de donner une place prépondérante au secteur privé de l’IAE. Puisque dans une société capitaliste (oui oui, il paraît que nous sommes dans une société capitaliste…, et même « libérale », comme dirait notre ami Bertrand D.) l’entreprise permet, par sa diversité des tâches et des domaines de compétences, de donner un travail cohérent et pertinent à ces populations précarisées. De même les associations qui travaillent en France pourraient se voir reprocher de se substituer à l’action de l’Etat, mais qui mieux qu’elle peut percevoir les enjeux d’un « quartier sensible » ou d’une population particulièrement exclue? L’Etat a d’ailleurs choisi de s’engager à leur côté, en subventionnant de plus en plus l’IAE. Les associations locales peinent quant à elles à demander des aides aux collectivités territoriales, aux envies très variables selon les mandatures… Ce soutien de l’Etat, sous forme d’aides aux postes pour les Entreprises d’Insertion, ou de subventions de fonctionnement pour les associations de lutte contre la toxicomanie par exemple, montre tout de même la légitimité qu’accorde l’Etat à ces acteurs. De plus, il permet ainsi à de très nombreuses personnes de s’engager, souvent à côté de leur emploi, ce qui ne peut que renforcer le lien social. En outre, notamment pour l’IAE, de nombreuses études (dont une intéressante de l’AVISE) montrent que ce système est efficace, et qu’il est « rentable » pour l’Etat de le soutenir (253 M€ d’aides en budgétées pour 2008). Il faut continuer !

« Le Commerce International devrait être juste ! » Oui, mais il ne l’est manifestement pas, et la seule alternative à court terme est le Commerce Equitable. Je ne parlerai pas des enjeux de labels, ni des querelles sur la filière intégrée, mais simplement du principe d’une entreprise française de Commerce Equitable, qui achète de la vanille équitable à des producteurs comoriens, par exemple. Cette entreprise est donc amenée à payer un prix « juste » aux producteurs (en dessus du prix du marché, mais surtout un prix stable), à préfinancer les commandes et à accompagner les producteurs en leur accordant des microcrédits pour financer une nouvelle machine. On peut donc facilement penser : mais c’est de l’ingérence, qui sert d’alibi à l’Etat comorien pour ne pas s’engager véritablement dans la réduction des inégalités… Cette entreprise « équitable » a donc un effet très pervers sur le développement des Comores. Il serait clairement plus cohérent de permettre à ces pays pauvres de protéger leur marché local, ce qui entrainerait une fermeture du marché européen mais autoriserait les petits producteurs à vendre localement à un prix raisonnable, à l’abri de la concurrence des pays productivistes comme l’Europe ou les Etats-Unis. Ces réformes rendraient désuet le Commerce Equitable, et relocaliseraient la consommation alimentaire. Mais, malgré les appels du pied de la FAO, l’OMC refuse d’ouvrir les yeux et s’entête (j’allais dire s’endette… doux lapsus…) bêtement dans son dogme libre-échangiste. Les réformes préconisées ci-dessus ne sont pas prêtes à voir le jour. Or, pendant ce temps, 860 millions de personnes souffrent de sous-nutrition, 5 millions d’enfants meurent chaque année à cause de la faim,… je m’arrête là. On connaît ces chiffres morbides mais terriblement vrais… Il est donc urgent d’agir ! Et comme on ne peut pas prendre les armes (on ne « veut » pas pour ma part...) pour braquer le siège de l’OMC à Genève, il faut acheter des produits Commerce Equitable et soutenir ce secteur, qui même s’il a vocation à disparaître à terme, doit 1- agir rapidement pour contrer les situations d’extrême pauvreté dans les pays du Sud, et 2- montrer qu’on peut faire du business proprement et justement. Il en est de même pour le secteur associatif international (les ONG…), qui peut avoir des effets pervers, mais qui est indispensable dans cette situation d’urgence sociale mondiale.

J’insisterai pour finir sur un point : l’importance de la politisation du mouvement. L’importance de la combinaison action personnelle (de son entreprise ou association) et changement systémique. Le Commerce Equitable, l’IAE ou les ONG doivent à mon sens garder un aspect lobbying fort, parallèlement à leur activité principale. Ils doivent pousser les Etats du Sud à prendre leurs responsabilités, militer pour des règles du commerce mondial plus justes ainsi que prouver que « nul n’est inemployable », comme l’assènent les structures de l’IAE. La grande lacune des grands groupes est ce manque de volonté de changement du système, qui est du à leur taille et leur rôle démesurément grands. Dans un monde idéal, tous les importateurs de cacao payent leur fournisseurs décemment, toutes les entreprises, grandes ou petites, font des efforts pour intégrer les personnes très éloignées de l’emploi au nom de leur responsabilité sociale naturelle, et les Etats du Sud organisent des systèmes de redistribution afin d’éviter les famines et de réduire les inégalités…
Mais nous sommes malheureusement encore loin d’une telle idylle, et d’ici là il faut agir : votons, militons, et … entreprenons !

Mathieu Alesi.

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