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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: septembre 2008

lundi 29 septembre 2008

Pour une économie positive et une (vraie) croissance verte

Si vous voulez construire un monde où l’économie permet de restaurer le capital écologique de la planète, de faire croître les richesses partout et pour tous, de pacifier les relations internationales, vous allez aimer le livre « Réparer la planète. La révolution de l’économie positive », de Maximilien Rouer et Anne Gouyon. L’ouvrage des fondateurs du cabinet de conseil BeCitizen a obtenu le prix 2008 des lecteurs lors du Festival du Film Nature et Environnement de Grenoble, présidé par Hubert Reeves. J’ai l’honneur de lui décerner moi aussi un prix, bien plus modeste, celui de ma lecture positive de la rentrée !

Il s’agit d’un livre à la fois complet et concis, précis et pédagogique. Pour tout vous dire, je n’ai rien d’un scientifique mais cela n’a pas posé problème, c’est un livre (bien) écrit pour le grand public. Tous les termes et les mécanismes sont expliqués au fur et à mesure.
La première grande partie s’inscrit dans une perspective globale en décrivant et présentant les solutions aux cinq enjeux de l’économie positive : stabiliser le climat, renouveler l’énergie, restaurer les ressources, renouer avec la santé, et recréer de la diversité.
La seconde partie explique la manière de construire, très concrètement, ce nouveau modèle en passant en revue l’industrie, le bâtiment, l’agriculture et les forêts, ainsi que les transports.
Le livre est aussi parsemé d’encadrés numérotés appelés « Idée reçue n° », « Zoom n° » et « Solution n° ». Les solutions sont toutes existantes ou en cours de création, par différents acteurs et entreprises des technologies vertes (GreenTech ou CleanTech, in english). Pas de paroles en l’air par ici, en bref. L’une de ces solutions a d’ailleurs fait l’objet d’un article sur le blog en mai dernier, le Pélamis.

L’idée générale du livre est la suivante : le modèle économique actuel détruit l’environnement dans lequel nous vivons, et si nous continuons dans cette voie nous courons à la catastrophe. Il faut donc en changer. Or, les bons sentiments écologistes sont trop peu efficaces, et la décroissance est une hypothèse à la fois irréaliste et qui ne saurait suffire. En effet, la situation exige bien sûr de cesser de détruire le capital écologique, mais encore de le restaurer. Pour ce faire, nous devons basculer sur un nouveau modèle économique : l’économie positive. Mais qu’est-ce que c’est ?

Rien de tel que de citer les auteurs et leur « Zoom 31 : L’économie positive pour les nuls » :

« L’économie positive fait de la restauration de l’environnement le moteur de la croissance, une croissance positive sur les cinq bilans environnementaux : climat, énergie, ressources (matières premières, eau et sols), santé, diversité, et sur le plan de l’emploi. Pour y parvenir, les entreprises, les collectivités territoriales et les individus engagés dans l’économie positive appliquent les principes d’actions suivants :

Faire plus avec moins, en trois principes :
- finalité : penser en terme de besoins et non de produits, remplacer la production de biens matériels par des services
- circularité : réduire, réutiliser, recycler
- complémentarité : les déchets de l’un, y compris tous les flux sortants non valorisés, sont les ressources de l’autre.

Ainsi, elle augmente la productivité des ressources : énergie, matières, eau, sols, etc. et permet aux acteurs économiques de baisser leurs coûts. Elle réduit les impacts négatifs sur l’environnement : émissions de gaz à effet de serre, de produits toxiques, atteintes à la biodiversité.

Faire plus avec la biosphère, en trois principes :
- substitution : remplacer des ressources fossiles, émettrices de gaz à effet de serre, par des ressources renouvelables, qui n’émettent pas de gaz à effet de serre, voire stockent du carbone. Remplacer les procédés polluants par des procédés non toxiques, voire dépolluants.
- valorisation : utiliser chaque surface qui reçoit du soleil pour produire de la chaleur, de l’électricité ou de la biomasse. Valoriser chaque flux de matière, d’eau ou d’énergie non employé.
- diversité : choisir des solutions diversifiées, pour limiter les effets négatifs propres aux solutions uniques (« les solutions d’hier sont les problèmes de demain »), et pour se préparer à l’imprévu.

Ainsi, grâce aux ressources de la biosphère, l’économie positive stocke du carbone, produit de l’énergie et des matériaux renouvelables, dépollue les eaux, l’air et les sols, et régénère la diversité du vivant, tout en créant de nouveaux marchés. »

Il s’agit là d’une synthèse, le livre développe les idées de façon claire et donne de nombreux exemples détaillés de mise en œuvre : faire repousser la forêt ; des biocarburants dans le désert (si, si) ; quand les murs deviennent chauffe-eau ; etc.

« Réparer la planète » donne espoir et motivation, ce qui n’est pas déplaisant dans l’ambiance actuelle de déprime généralisée et d’angoisse pour l’avenir.
Cela fait aussi du bien de concevoir une véritable révolution qui peut se révéler gagnante sur tous les plans, à l’heure où sont nombreux ceux qui utilisent le mot à tort et à travers. Je parle bien sûr de l’extrême gauche et de sa vielle révolution d’anti- (quel modèle magique va-t-on nous proposer au NPA ?), du MoDem et son improbable révolution politique centripète, ou encore du président des jeunes populaires et ancien de l’UMP Grandes écoles qui ose nous balancer que les sarkozystes sont les seuls vrais révolutionnaires. Et de citer comme hymne potentiel : Les copains d’abord, de Brassens. Elle a dû faire rigoler Bouygues et Clavier, celle-là…

L’enjeu maintenant est de se saisir politiquement du véritable programme que constitue le passage au modèle de l’économie positive. Comme l’écrivent Maximilien Rouer et Anne Gouyon, la question n’est plus celle du pourquoi (le modèle économique négatif actuel va dans le mur) ni du comment (les solutions techniques existent ou sont en développement), mais bien de l’accélération de l’économie positive à travers l’innovation et des politiques positives.

Bonne lecture !

B.S.

« Réparer la planète. La révolution de l’économie positive », Maximilien Rouer – Anne Gouyon, JC Lattès, 403 pages (mais c'est écrit gros, rassurez-vous !), 17 euros.




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jeudi 18 septembre 2008

Une histoire de clefs…

Les gens ont le droit de regarder ce qu’ils veulent à la Télévision, émissions perverses, séries yaourts, talk show débiles. Ils ont le droit de regarder Loft Story, avant d’aller voir le dernier Vin Diesel, d’écouter Lorie dans la voiture et de revenir pas trop tard pour ne pas rater le prime time du dimanche soir. C’est leur choix, ils aiment ça…

…NON !

Ces gens là ont bien évidemment le droit de faire tout ça… Mais ce n’est pas par choix, ni par goût ! Attention à ce relativisme bien mignon, mais qui s’avère destructeur… Liberté de choix, connaissance et goût sont intimement liés.

Tout d’abord, la liberté de choix (soi-disant pilier de notre belle sociétéJustifier de consommation)… Il n’est jamais inutile de rappeler les propos terriblement vrais de Patrick Le Lay, à l’époque DG de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible ». Traduction… : tous les programmes de cette belle chaîne sont travaillés et préparés pour que le téléspectateur soit « prêt » à absorber goulument les publicités de Coca-Cola et autres. Il s’agit explicitement d’un abrutissement à grande échelle. Mais le téléspectateur s’abrutit-il « volontairement »… ? Il veut clairement déconnecter de son quotidien, et surtout, ne pas faire le moindre effort… Il est donc prêt à regarder n’importe quoi. Il suffit que le programme l’excite un peu (voyeurisme), le fasse grincer des dents ou jubiler sur le malheur des autres (talk shows sadiques « Je suis une gourde moche et je vis seule dans un 12 m² dans la Marne, entre une autoroute et un cimetière… Suite à un accident en moto où j’ai perdu une jambe, je vais vous raconter ma vie sexuelle… »). La quasi-passivité (…oui, il faut tout de même poser un doigt sur la télécommande) devant un écran de télévision est donc parfaite pour les envies du citoyen consommateur après une journée de boulot. Les chaînes commerciales le savent parfaitement, et l’exploitent à fond (France Télévision dérive d’ailleurs beaucoup aussi…). Dans la société de consommation, surtout au stade où elle en est aujourd’hui (recherche sur les neurosciences pour des applications dans la pub,…), le citoyen consommateur n’est pas « libre de choisir » ce qu’il regarde à la télé, ni ce qu’il va voir au cinéma ou acheter à la Fnac. Il subit des publicités extrêmement bien ciblées, et massivement déployées. Mais pourquoi certains vont-ils, pendant ce temps, voir le dernier film des frères Dardenne, des pièces de Tchekhov, ou lire Michel Foucault (je n’y suis jamais arrivé, malgré quelques tentatives)? Certains ont les clefs pour comprendre ce genre de divertissement (il n’est pas question de coût financier : un écran plat coûte autant qu’un abonnement de 10 ans à tous les cinémas et théâtres de Paris). Mais loin de moi l’idée de mépriser ce genre d’achat : c’est très beau un écran plat. Je veux cependant souligner le peu de liberté dans leur choix de consommation qu’ont les gens sans clefs. Quelqu’un a les clefs pour décrypter le cinéma quand il a vu des films de tous les genres ou presque, des films exigeants, durs et complexes, et des films faciles, doux et sucrés, quand il a lu des articles d’experts (critiques, magazines de cinéma). C’est la même démarche pour la littérature, l’art plastique, la peinture, le vin (qui a aimé le vin au premier verre ?). Le goût d’emblée n’existe pas. Goûter du vin, être sensible à un tableau de Miro, écouter et comprendre un solo de John Coltrane ou de Jimmy Hendrix se travaille. Ce n’est pas par hasard si les enfants préfèrent Pocahontas à 2001 : L’odyssée de l’Espace… Ils n’ont aucunes clefs pour tirer la matière du film de Kubrick, mais ont les deux ou trois clefs pour capter la matière du Walt Disney! Personne ne sait apprécier un Pétrus 1985 à 15 ans, au premier verre de vin, ni comprendre et savourer « Un amour de Swan » en apprenant à lire (même un peu après pour certains… dont moi). Evidemment, si goûter quelque chose signifie en tirer la substance pour voir ce qu’elle nous évoque, ce qu’elle fait vibrer en nous, le goût est intime et clairement personnel. Mais finalement peu de gens exercent vraiment leur goût, la plupart goûte d’emblée (enfin… pensent qu’ils goûtent), par image préconçue, sans avoir atteint le niveau de compréhension nécessaire, sans avoir les clefs pour tirer de l’œuvre (du verre de vin au module plastique) toute sa matière. Seuls les sages peuvent goûter… Et si un musicien (un sage de la musique) adore Lorie ou Jenifer, très bien. Il a les clefs pour goûter et s’aperçoit que Lorie et Jenifer (je parle de leur musique…) lui évoquent plus de frissons qu’Alain Baschung. Très bien. Attention je ne hiérarchise pas les genres. Je veux simplement souligner que certains genres exigent plus de clefs de compréhension que d’autres. Il existe des œuvres culturelles plus riches et complexes que d’autres, et elles exigent plus de clefs de compréhension. Je ne veux pas dire qu’il faut aimer ce genre d’œuvre ! C’est après avoir saisi la substance de l’œuvre que chacun goûte et ressent : cette œuvre m’évoque quelque chose ou pas ? Y suis-je sensible ? Mais trop de personnes feignent de goûter alors qu’ils n’ont pas les clefs.

Je ne juge pas ces « pauvres de la culture », je lutte pour que la société les éveille, et pour qu’elle prenne ses responsabilités. Il faut préserver la diversité de la culture, et ne pas la laisser aux mains de TF1 (qui la détruit clairement, en ne produisant que des musiques et des émissions commerciales, pauvres et faciles). Quelle facilité de diffuser des émissions de voyeurisme, par exemple… Faire appel à des émotions de base, auxquelles tout le monde est sensible. Film bateau, qui ne surprend pas, qui tire des ficelles faciles et basiques = succès commercial assuré. TF1 connaît bien ces règles mathématiques. Les gens suivent avec assiduité ce que leur sert TF1, parce qu’ils n’ont pas les clefs pour avoir accès, et pour décrypter d’autres types de divertissements, plus exigeants, plus complexes, plus riches. Par conséquent, nous constatons un appauvrissement culturel, et une perte de diversité. La société se doit donc de défendre les cinémas indépendants, « d’auteur », et les chaînes de télévision publiques de proposer des programmes de vrai divertissement, comme des fictions, d’éveil et de découvertes. Je rappelle que « Divertissement » signifie sortir de la dure réalité, de la journée d’usine, rêver, imaginer. Et non pas « poser son cerveau par terre, à coté de la canette de Sprite… ». Beaucoup de gens écoutent la Star Ac’ uniquement, … c’est tout simplement parce qu’ils n’ont jamais eut l’occasion d’écouter autre chose. Ce n’est pas grave en soi… Certains styles sont très accessibles, et déversés par centaines de litres dans les media de masse, d’autres sont effacés, écrasés par le mainstream. Il y aura toujours une musique commerciale, un cinéma blockbuster… Mais le risque est de perdre le reste. Il y a un problème d’accès et de place sur le catalogue des œuvres artistiques… Tout ne peut pas exister en même temps, surtout aujourd’hui, où une œuvre peut être appuyée par une campagne publicitaire capable de monopoliser la scène médiatique pendant deux mois. Il y a une place limitée… Il faut donc garder de la place pour les œuvres plus exigeantes… moins commerciales, moins « successful ». On crée de la place avec des quotas à la Radio, par des subventions pour le cinéma indépendant français… Contrairement aux a priori, le seul marché ne permet pas la diversité culturelle, elle doit être soutenue, aidée, par l’Etat.

Par cette histoire de clefs, je veux souligner que seule la connaissance permet de choisir librement et de goûter les œuvres artistiques. Patrick Le Lay et ses amis le savent, et organisent donc l’abrutissement de masse pour vendre des pubs à Coca. Ils font croire aux gens qu’ils sont libres de zapper librement, de goûter… Dévoilons cette farce, et essayons de donner à tous le plus de clefs possible.


Mathieu Alesi

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