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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: octobre 2008

mardi 21 octobre 2008

Sept ans de malheur

Cela fait globalement six ans et demi que les socialistes me déçoivent. Depuis la rase campagne perdue de Lionel Jospin que j’avais pourtant trouvé brillante et honnête. Car en effet, depuis bientôt sept ans, que s’est-il passé ? Rien, sinon que Chirac, Villepin, Raffarin, Fillon et Sarkozy and corporation ont pu s’en donner à cœur joie, que les mauvaises idées et mauvaises mesures ont proliféré comme de la mauvaise herbe, et pourtant que la droite a pu opérer dans un climat de quasi-impunité, le parti d’opposition, le parti socialiste, étant totalement inaudible. Ce problème d’audition est un vrai problème, et c’est à partir du moment où Jacques Chirac a dû porter un sonotone que la bête politique qui vivait en lui a commencé à s’éteindre.

En fait, quoi que disent les socialistes, quoi qu’ils fassent, comment qu’ils se comportent (c’est-à-dire qu’ils décident de participer aux manifestations contre la réforme des régimes spéciaux et on les accuse de passéisme ou de récupération, qu’ils décident de ne pas y prendre part, et on leur fait grief de ne plus défendre les travailleurs ; qu’ils votent la réforme constitutionnelle à Versailles et on rigole de les voir manger dans la main de Sarkozy, qu’ils s’y opposent et on les incrimine d’être des opposants pavloviens), ils sont inaudibles. D’où vient ce phénomène ? C’est que les socialistes sont incapables de renvoyer d’eux-mêmes une véritable image d’authenticité ou de sincérité (ce que savait faire Jospin), dans leurs jeux partisans, dans leur démarche, dans tous leurs gestes et dans tous leurs discours, on voit la déesse à dix bras. Le parti socialiste semble être devenu un parti froidement calculateur, mauvais en calcul de surcroît. Ce qui fait que l’oreille du peuple s’en détourne, préférant écouter les conneries de Pernaut, ou pour les plus avisés, le dernier album de Bashung.
Résoudre ce problème de « l’in-audibilité », qui n’est pas un problème de décibels, mais de vibrato, est la première urgence du PS.
Bien des militants semblent attendre du prochain congrès que le parti renvoie une image d’unité. C’est, je crois, la pire des choses qui pourrait lui arriver. L’unité appelle le consensus, et beaucoup de flotte dans un vin déjà vinaigré. Aujourd’hui, les aspirations, stratégies, et même le corpus idéologique entre les différents leaders – motions – tendances du PS sont tellement divergents me semble t-il, qu’une unité de façade apparaîtrait nécessairement artificielle, biaisée, tronquée. Les Français verraient une entourloupe de plus et ils auraient raison. Ce dont le parti socialiste a en réalité besoin, c’est de remettre du mazout dans la chaudière et que le feu crépite. C’est que chacun vide tout à fait son sac, que les idées fusent, que les candidats au secrétariat national s’enguirlandent (comme à Noël), mais pas sur leur personne, sur des idées, des putain d’idées, et que ça fermente, que ça bouillonne, comme une cocotte minute sous pression qui se met à siffler. Ces dernières années, j’ai l’impression que le PS a cuit toutes ses idées à l’étouffée. Pouvez-vous m’en citer une seule, une grande, une phare, une porteuse, depuis le PACS, les 35 heures, ou la CMU (trois fois Jospin) ? Pas moi. C’est quand même pas sorcier, je crois, de sortir de temps à autre une idée un tant soit peu sexy et radicale, mais pour ça le PS doit convoquer à son chevet les nouvelles têtes pensantes, les nouveaux Deleuze, les nouveaux Foucault, les nouveaux Bourdieu ou Baudrillard, ils doivent bien exister quelque part, mais pas BHL et Torreton, les « intellectuels » de Ségo qu’on a le plus entendus durant la campagne en 2007.
Une fois que les étincelles auront fini de crépiter, il sera peut-être possible au parti de se donner un chef qui en ait la trempe. Mais cependant les salves contre la politique gouvernementale devront venir de partout, de tous les socialistes de France, même désordonnées ou discordantes entre elles, et ne pas être le seul fait d’un communiqué de presse de Solferino relayé par son porte-parole. C’est ainsi que se construira l’unité future, celle qui fera qu’en 2012, nous gagnerons (peut-être…).
Bref. Ce congrès doit, selon moi, donner à voir du PS l’image d’un part qui s’éclate, qui s’engueule, qui parle en première intention, qui fait des bulles de savon, où les gens sont heureux et prennent parfois un peu de drogue, comme dans les premières années de Canal, casser avec la morosité des années Hollande, faire fleurir de nouveaux bourgeons, et que Sarkozy en ait un peu peur, de ce PS ! Ressembler à Clint Eastwood dans Le bon, la brute et le truand plutôt qu’à Michel Blanc dans Le grand blond avec une chaussure noire, voilà ce à quoi doivent aspirer les socialistes. Et qu’on ne me dise pas que ce congrès est celui de la refondation. C’est ce genre de mot qui fait mal au parti. Moins jargonneux, moins méfiant, moins cartésien, mais plus poétique en étant tout aussi sérieux, le Parti socialiste sera plus fort.

Adrien Absolu - PROGRES

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There will be blood

Pour que s’achève la « guerre des chefs », il faut qu’elle ait lieu. Et qu’elle aille à son terme, avec des vainqueurs et des perdants, et quelques morts politiques parmi les éléphants. Le Parti socialiste en est à un point tel que son unité ne peut se retrouver qu’à travers une lutte sans merci. Pour que ce parti se remette en mouvement, pour que se dégage un leadership et une ligne politique, que se construise un programme et une stratégie de conquête du pouvoir.

Je lis et entends les militants se plaindre avec raison de l’affrontement permanent à la direction du parti. Au moment où Nicolas Sarkozy applique la stratégie « blairiste » de récupération des thèmes de son adversaire, et où l’extrême gauche passe à l’offensive, le PS doit bouger, vite et bien. Plus qu’un appel à l’unité, certes l’objectif ultime, je pense qu’il faut formuler aujourd’hui un appel à la lutte, où se soldent enfin les conflits. La méthode Hollande n’a servi qu’à transformer ce parti en une machine à consensus mou auquel personne ne croit, ni ses dirigeants, ni ses militants, ni l’électorat. Les réussites locales, bien réelles, témoignent néanmoins de la capacité des électeurs à voter pour le PS. Pourquoi ne le font-ils pas au niveau national ? Parce qu’aujourd’hui le PS n’inspire pas confiance, n’a pas de tête, pas de ligne, ne propose pas, est coupé en morceaux. Pour les recoller, il faut achever le processus pour reconstruire ensuite, et cela doit avoir lieu dès le Congrès de Reims, si l’objectif est 2012.

Héraclite avait peut-être raison de dire que « tout se fait par discorde ». En tout état de cause, c’est aux militants d’en décider.

B.S.

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De l’hymne comme de l’hymen

Car en effet la défloraison est une aventure éminemment personnelle et l’idée ne viendrait à personne d’oser légiférer sur l’âge auquel doit survenir le grand sursaut, ou sur les modalités dans lesquelles doivent se dérouler les subliminaux préliminaires à l’entrée dans le monde du péché sucré, et libre à chacun finalement de rester vierge comme une vigne jusqu’à cent ans si ça le chante. De l’hymen, donc.

De même de l’hymne. Si ça se chante, liberté devrait être dévolue à chacun de joindre sa voix à la polyphonie concitoyenne, ou de se contenter d’atonie. Ou de siffler. C’est quand même dingue cette histoire. Un hymne, bordel, c’est rien qu’un symbole d’unité nationale. Un symbole, ça n’a de valeur que celle que chacun peut ou veut lui accorder spontanément, mais pas sous la contrainte. C’est comme l’amour, quoi, ça ne s’achète pas. Un symbole, c’est joli, c’est décoratif, ça peut être utile en temps de guerre, mais tout de même, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ou à un coq, nous concernant. Que voulaient dire les quelques milliers de Tunisiens, d’Algériens, ou de Marocains, parfois réunis, qui ont sifflé la Marseillaise au stade de France ces dernières années ? Qu’ils ne se sentent qu’à moitié ou encore moins intégrés, et donc qu’à moitié ou encore moins redevables des symboles que s’est donnés l’Etat français. Quand on est de gauche, on est bien obligé de reconnaître que les conditions de vie qui leur sont offertes, c’est pas que du premium : barres d’immeubles délabrées, discriminations à l’embauche, harcèlement policier, pour ne citer que les trois syndromes qui me paraissent les plus saillants. L’histoire n’est pas d’accuser ou de disculper, mais de constater. Bref. Reconnaissons aussi qu’il n’est pas bien souvent que l’occasion de faire entendre leur voix leur est donnée : en très résumé, je dirais que cela passe par les concerts de hip-hop, les voitures brûlées, la Marseillaise sifflée, canaux de communication plus ou moins glorieux. Réellement, quand est-ce que les médias parlent des jeunes de la troisième génération, sinon dans ces contextes ? Et donc, dans la foulée de notre hymne conspué, tous les politicards sont montés au créneau, eux ne manquent jamais une occasion de se faire entendre, parlant de « scandale », « d’écoeurement », de « patrie en danger », certains, si on les avait un peu poussés, auraient évoqué le début d’une guerre civile. Ils ont maintenant décidé d’annuler les matchs avant lesquels la Marseillaise serait sifflée. On nage en plein délire. Déjà par respect pour les 90% de spectateurs qui ne sifflent pas, se sont tapés deux heures de RER pour rejoindre Saint-Denis, et réaliser le rêve du môme qui « voulait voir les Bleus ». Mais c’est surtout parce que c’est perdre toute mesure et toute notion de la gravité des choses. Toute clairvoyance. Des sifflets sur la Marseillaise. Un volcan médiatico-politique qui monte comme un soufflé et retombe aussitôt. Ce qui importe vraiment, c’est le sort des petits paysans biologiques ou des ours pyrénéens, les fluctuations du chômage, la démocratisation de la culture, le montant des golden-parachutes ou le prix des goldens sur le marché. Ceci a un impact sur la vie des français, leur moral, leur joie de vivre, leur quotidien, leur existence française. Une Marseillaise sifflée : des bulles dans un verre d’eau qui remontent à la surface et disparaissent.

Globalement, la Marseillaise est un chant guerrier, je suis pacifiste et préfère chanter Bobby Lapointe. Je ne dis pas qu’il est bien de siffler la Marseillaise, ni son contraire, je dis que ça ne m’intéresse pas J’attendais des socialistes qu’ils aient le courage de la vérité et de la raison et ne suivent pas Sarkozy dans son délire de persécution patriotique.

J’écris depuis l’Inde, et cette affaire à couper le sifflet m’a fait penser à une petite affaire indienne : depuis le début du mois, il est interdit de fumer dans tous les lieux publics d’Inde. Y compris sur les quais de gare en plein air, jonchés de détritus. Question de santé publique officiellement. A côté de ça, un nombre incroyable d’Indiens meurent de la lèpre, de la malnutrition, de la malaria, ou de dysenterie, dorment dans les rues au milieu des rats, et boivent de l’eau saturée de métaux lourds. Je ne sais pas si vous voyez le rapport. Moi je le vois, et je dis qu’à ce stade, l’interdiction de fumer est une hypocrisie totale. Parce que la volonté politique d’endiguer le reste des calamités n’est pas là. Et pareillement, on cherche à sanctionner (à interdire de stade !...) les siffleurs, parce qu’on n’est pas capable de leur donner un boulot ou de l’espoir, en gros d’endiguer leur envie de siffler la Marseillaise. Hypocrisie totale. A laquelle ont allègrement participé les socialistes. Tout ça me donne envie de siffler dans un harmonica.

Adrien Absolu - PROGRES

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