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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: L’intellectuel et le militant

mardi 21 avril 2009

L’intellectuel et le militant

Le Parti Socialiste a du mal à relever son image au niveau national. Après le choc du 21 avril 2002, après l’échec de Ségolène Royal en 2007, après le congrès indigne de Reims de novembre 2008, difficile pour le Parti Socialiste d’avoir une image positive auprès des Français. Pourtant au niveau local, le Parti Socialiste n’a jamais eu autant d’élus. Jamais autant de municipalités, de conseils généraux et encore plus de conseils régionaux n’ont été à gauche. Comment expliquer cette différence absurde entre un Parti Socialiste largement désavoué au niveau national, mais préféré des Français au niveau local ? Je ne pense pas que, même si c’est une des raisons, ce ne soit expliquable seulement par des mouvements de contestation et de mauvaise humeur vis-à-vis des gouvernements nationaux de droite. Ce serait prendre le Français pour plus bête que ce qu’il n’est. Il le sait bien, la seule façon efficace de changer de politique nationale, c’est de voter pour l’opposition lors des élections nationales. Et si les Français appréciaient la gestion locale des élus de gauche ? Je pense plutôt que la différence vient de deux niveaux de compétences de notre parti, entre l’intellectuel et le militant. L’intellectuel représente le Parti Socialiste au niveau national, le militant au niveau local.

L’intellectuel ou le technocrate, archi-diplômé, souvent sorti de l’ENA (même si cela est en train de changer) est censé donner la ligne idéologique de notre parti, il est censé imaginer et réfléchir à un modèle de société conforme aux idéaux de gauche et en cohérence avec la situation actuelle du pays. Le militant est son relais sur le terrain. Il tracte et colle, diffuse ces idées, et prend des responsabilités au niveau local. Ainsi, sans porter aucun jugement de valeur, et pour prendre appui sur l’image simple de l’armée, on peut comparer les intellectuels aux généraux, les militants, aux soldats. Lors d’une bataille (et la politique en est une !), les généraux définissent une stratégie, en analysant les forces et les faiblesses du camp adverse et de leur propre camp. Ils analysent aussi le terrain, imaginent des embuscades. Ils doivent motiver et convaincre le soldat que leur stratégie est la bonne. Ils doivent l’expliquer et se faire comprendre afin que le soldat ne se perde pas et ne mette pas en péril la stratégie finement pensée des généraux. C’est ensuite au soldat de faire la différence sur le terrain, mais si la stratégie se révèle médiocre, malgré son courage, il ne pourra pas faire grand chose. Souvent le terrain est miné d’embûches, qui n’ont pas été pensées par les généraux dans l’élaboration de leur stratégie, c’est ce qu’on appelle “la réalité du terrain”. Le soldat doit ainsi adapter la stratégie à la réalité. Remplaçons les généraux par les intellectuels, les soldats par les militants et le terrain par le peuple et vous voilà dans un parti politique.

Aujourd’hui, les généraux du parti socialiste sont à court d’idées et de stratégie.
Ils ont perdu la bataille idéologique face à la droite. Une droite qui a réussi à convaincre sur des crédos tel que “travailler plus pour gagner plus” ou encore “nul en France ne se verra taxer plus de 50% de ses revenus par le fisc”. Les 35h et la redistribution par la fiscalité, principaux faits d’arme de la dernière victoire nationale des socialistes, ne sont même plus défendus par nos généraux. Qui nous donne une direction, une ligne, une stratégie ? Aujourd’hui, les intellectuels de notre parti sont déroutés. Vaincus, ils ne savent plus quoi faire et laissent progresser les idées de l’adversaire, parfois même en les acceptant à moitié. De plus, impossible pour eux de se mettre d’accord sur une stratégie commune, impossible de se mettre d’accord sur qui devrait être le général en chef. Le militant, en face, continue à se battre, mais il est perdu. Sans commandement, heureusement il a pris son autonomie et se concentre sur ce qu’il sait bien faire : le local, le terrain, et ça marche !

Il faut voir la relation entre l’intellectuel et le militant comme complémentaire. Et de toute façon, là où la comparaison avec l’armée s’arrête, c’est qu’il y a des intellectuels militants et vice-versa ! L’intellectuel est remarquable dans ses analyses. A force d’étudier, de lire, de confronter ses idées, il arrive à modéliser, théoriser, inventer. Tellement d’ailleurs que son analyse dépasse souvent la réalité. Il est presque trop intelligent, trop en avance sur la société pour que son message impacte directement. Le militant a peut-être moins de puissance intellectuelle. Mais loin d’être bête, il a pour lui la connaissance du terrain. Il connaît les attentes de ses concitoyens bien mieux que l’intellectuel, qui passe sa vie à Paris dans un milieu aisé, bobo et déconnecté des préoccupations du concitoyen lambda. Le militant traduit ainsi magnifiquement les concepts abstraits de ses leaders en langage concret lorsqu’il est sur le marché ou à la gare. Voilà pourquoi le parti socialiste souffre nationalement mais a encore la pêche au niveau local. Gagner une élection locale passe par améliorer concrêtement la vie du concitoyen dans sa localité. Les militants et élus locaux de gauche savent y répondre de manière très satisfaisante. Quand le Vélib’ et des couloirs de bus sont mis en place, on répond concrètement à l’idéal de gauche que devrait porter haut et fort le parti socialiste au niveau national : passer à une société post-capitaliste moins individualiste et responsable écologiquement et socialement.

Alors que les bastions tiennent, au niveau national, c’est la débandade des généraux socialistes. Au lieu de se concentrer sur une stratégie forte qui leur appartiendrait et permettrait d’avoir une identité reconnaissable par les Français, ils préfèrent contre-attaquer en permanence la droite… en jouant sur leur terrain. A force de parler économie, une préoccupation certes majeure des Français, mais qui se distingue trop peu de ce que propose la droite, ils se sont fait encercler idéologiquement. Toujours plus réactive au niveau des idées, finalement plus innovante, même si ce n’est pas dans le sens que je défends, la droite oblige le parti socialiste à simplement réagir par la négative ou la défensive à ses attaques. Ce dernier devrait au contraire proposer des idées nouvelles qui auraient un grand impact dans la société, surtout aujourd’hui. Comment comprendre le succès populaire des politiques menées localement par la gauche sans qu’au niveau national, le parti socialiste puisse en tirer crédit ? Taper sur la droite ne suffira pas à regagner du terrain. Il faut faire une percée efficace qui passera par un discours novateur, et qui, tout en restant pragmatique, devra être teinté d’un peu d’idéalisme, en tout cas d’une identité démarquante.

Nos intellectuels doivent se mettre au travail, arrêter de défendre et attaquer sur des terrains où la droite ne tiendra pas. Parler de construire une société post-capitaliste, qui a intégré la contrainte écologique comme un atout permettant de changer nos habitudes excessives de consommation, cela a du sens. Disons-le : il faut arrêter de faire croire qu’on peut continuer à produire et consommer comme on le fait aujourd’hui. Ceci implique de réduire la création de richesse économique et donc de faire baisser le temps de travail. Ceci implique de bien mieux redistribuer une richesse économique nécessaire et suffisante à la société et donc aussi le temps de travail. Oui, les 35h étaient une excellente idée. Pourquoi pas passer au 32h ? Libérons une journée de plus par semaine, qui pourrait être consacrée à la création de richesse citoyenne, c’est-à-dire solidaire, sociale et culturelle. Laissons la valeur travail à la droite, défendons la valeur solidarité. Oui, nous ne pouvons plus laisser une personne dans notre société polluer pour dix parce qu’elle a les moyens financiers de le faire. Donc oui, il faut plafonner les hauts revenus ou/et les taxer largement. Allons-nous laisser détruire notre belle planète par une minorité de privilégiés ? Pourquoi serait-ce aux plus modestes de prendre en charge seuls le problème écologique pendant que certains roulent en 4×4 dans Paris et font 30 allers-et-retours à New-York dans l’année ? Chacun doit prendre sa part de responsabilité par rapport à la société, n’est-ce-pas ça le socialisme ? Quand la direction du Parti Socialiste propose un contre-plan de relance, elle est à la masse. Sarkozy en a certes proposé un très discutable. Mais les Français n’attendent pas de nous un autre plan de relance sans visibilité et sans différenciation forte. C’est encore une fois se battre sur un terrain où nous sommes battus d’avance et où nous restons inaudibles. Ils attendent de nous une alternative volontaire, un autre dessein pour notre société, porté fortement par la gauche.

Il y en a marre d’entendre nos dirigeants lors des élections locales dire : “votez Parti Socialiste pour contester la politique menée par la droite”. N’est-ce-pas résumer le malaise de nos intellectuels socialistes ? A court d’idée pour faire adhérer nationalement le peuple français à un projet qui n’existe pas, ils préfèrent jouer la carte de l’antithèse “si ce n’est pas eux, c’est donc nous”. Que pensent les élus locaux et les militants quand on leur dit qu’ils ont gagné des élections non pas parce qu’ils ont fait du bon boulot et portaient un projet novateur mais simplement parce qu’ils ne sont pas à droite ? La gauche au niveau national est dans l’anti-identité. Le seul référent aujourd’hui, c’est la droite. On est soit pour la droite, soit contre la droite, mais plus pour la gauche.

Allez, au boulot chers intellectuels !
Un peu de courage que diable, donnez-nous une identité au plan national, nous n’avons jamais perdu la nôtre chez nous. Élaborez une stratégie, améliorez la communication, mettez-vous d’accord, il y a trop d’enjeux aujourd’hui et tellement à conquérir pour rester morne et défaitiste. Remettons-nous à rêver d’un monde meilleur, soyons optimiste, montrons que nous sommes porteurs d’une alternative constructive pour demain, pour nous et pour nos enfants !

Pacôme

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