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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: A quoi sert L'Union pour la Méditerrannée?

mardi 19 mai 2009

A quoi sert L'Union pour la Méditerrannée?

À quoi sert l'Union pour la Méditerranée?

Nicolas Sarkozy voulait faire de l'UPM le grand projet de la présidence française de l'Union européenne. Mais il s'est avéré que la France ne pouvait imposer cette ambition à ses partenaires européens. Aujourd'hui, l'UPM n'est plus qu'un processus de Barcelone bis, autant dire, une coquille vide.

Pourquoi un projet de partenariat entre les pays méditerranéens peut-il sembler souhaitable?


Sur le plan politique, il était nécessaire de contribuer à un apaisement des relations entre certains pays de la rive Sud. Les tensions entre le Maroc et l'Algérie à propos du Sahara Occidental, entre le Liban et la Syrie et enfin le conflit israélo-palestinien étaient et restent autant d'obstacles à la discussion entre l'Union européenne et ses interlocuteurs du Sud. Face à ces litiges, l'Union européenne n'a jamais tenu de discours cohérent : Les positions diplomatiques des membres de l'UE sont systématiquement le fait de stratégies nationales, notamment par rapport aux conflits du Proche-Orient.



Au niveau économique, l'espace méditerranéen présente des écarts de développements susceptibles de menacer l'équilibre de la région. La Méditerranée est la zone du monde où l'écart économique entre les deux rives est le plus important. En termes de PIB, la différence est de 1 à 10, avec 30 000 dollars par habitant en moyenne pour la rive Nord et seulement 3 000 pour la rive Sud. De plus, les investissements directs à l'étranger de l'UE vers ses voisins méditerranéens accusent un net retard. Alors que le Japon investit à hauteur de 25% dans son propre Sud (Chine, Thaïlande, Indonésie, Malaisie) et que les États-Unis consacrent 20% de leurs investissements le Mexique et l'Amérique du Sud, l'UE investit moins de 2% dans la rive sud de la Méditerranée. Ces grandes disparités au sein de l'espace méditerranéen a ainsi mené les défenseurs de ce projet à envisager un partenariat régional.

Pourquoi l'UPM était un projet mort-né?

Tout d'abord, l'UPM était surtout le projet de Nicolas Sarkozy, ou plutôt de son conseiller Henri Guaino, et non celui de tous les membres de l'UE. Dans ces conditions, comment l'UPM pouvait-elle prendre racine? Les pays non-méditerranéens, d'emblée exclus de cette nouvelle structure, ne pouvaient accepter le mur que construisait le président français entre les pays méditerranéens et eux-mêmes.

Mais l'avortement du projet de l'UPM vient également du manque de lucidité du président français. En effet, comment pouvait-il imaginer que l'ensemble des pays arabes de la rive Sud accepteraient de siéger dans une assemblée aux côtés d'Israël, alors que la grande majorité d'entre eux n'ont aucune relation diplomatique avec l'État hébreu? La société civile de ces pays aurait pu constituer une menace pour les pouvoirs en place s'il y avait eu le moindre signe de détente vis-à-vis d'Israël.

Comment pouvait-il imaginer qu'une quelconque crédibilité serait accordée à ce partenariat alors que les gouvernements en place dans les pays de la rive Sud, à l'exception de la Turquie et d'Israël, ne sont pas issus d'un processus démocratique? Ainsi, l'aide éventuelle que l'UE aurait attribué à ces États autoritaires aurait posé un grave problème de gouvernance (mauvaise redistribution des richesses, corruption, absence d'État de droit, etc). Il est fort probable que les peuples arabes de la Méditerranée n'auraient jamais bénéficié véritablement de ces subventions, lesquelles, en général, profitent davantage aux classes dirigeantes.

Le lancement de l'UPM à Tanger le 23 novembre 2007 fut donc logiquement suivi d'une série de critiques, venant soit des pays européens qui n'y étaient pas inclus (l'Allemagne en tête), soit de la société civile des pays de la rive Sud, qui n'est pas dupe du fait que seuls les intérêts de la rive Nord étaient en jeu.

Quelle leçon en tirer pour la gauche européenne?

Les écarts de développement entre les deux rives de la Méditerranée ont fait l'objet de nombreux forums internationaux, le dernier en date étant le processus de Barcelone lancé en 1995. Cependant, aucun de ces grands projets n'a suscité l'adhésion totale des nations du Sud, en raison d'une absence à la fois de représentativité des gouvernements de ces États et de crédibilité des différents programmes établis en grande partie par l'UE. Arrêtons de considérer ces pays comme d'anciennes colonies dont on pourrait dicter encore la politique. La coopération euro-méditerranéenne ne doit pas se transformer en une table ronde où les États du Sud ne trouveraient pas de contreparties aux avantages qu'ils offriraient au Nord.

La gauche européenne doit pouvoir porter un projet de développement méditerranéen qui ne se traduise pas par les mêmes erreurs que Nicolas Sarkozy. Il faut à la fois prendre en compte la complexité des rapports qui lient certains États entre eux, et surtout garder la lucidité qui a manqué aux initiateurs de l'UPM.

En d'autres termes, proposons un réel projet de coopération où les peuples des deux rives bénéficieront des accords signés. Il s'agit là de ne pas tomber dans le piège qui consiste à vouloir absolument une paix régionale au plus vite. L'hyperactivité du président français a très rapidement montré ses limites, et tout le monde a compris aujourd'hui que l'UPM ne sert qu'à certains.

Antoine Fabry

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