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Le blog de P.R.O.G.R.E.S : étudiants de gauche en grande école: janvier 2009

lundi 12 janvier 2009

Se donner bonne conscience ?

Quand on dit qu’on est de gauche dans une école de commerce, la probabilité est forte de s’entendre répondre : c’est pour te donner bonne conscience que tu fais ça, comme les gens qui font du social, c’est que vous n’assumez pas…

Je trouve particulièrement intéressant ce type de réactions. D’abord, cela voudrait dire que ceux qui tiennent ce discours ont, d’une manière ou d’une autre, mauvaise conscience d’être là où ils sont, quand ils sont eux-mêmes membres de ces écoles. Ou, pour les autres, que l’on devrait avoir mauvaise conscience pour en faire partie.

Pourquoi aurions-nous besoin de se donner bonne conscience parce que l’on fait du commerce ? Je suis personnellement convaincu que le rôle social des entrepreneurs, des économistes et des salariés des secteurs commerciaux est tout aussi important que d’autres. Il n’y a pas de mal à produire des richesses ! Nul besoin de rappeler qu’on ne peut pas redistribuer ce que l’on n’a pas.
Il n’y a pas lieu non plus d’avoir mauvaise conscience car nous sommes le produit d’un système éducatif d’où l’égalité des chances est de plus en plus absente. La mauvaise conscience ne sert à rien. La conscience que la situation ne convient pas et qu’il faut la faire évoluer, si.
Pour les étudiants de droite, le discours de la mauvaise conscience est d’autant plus surprenant qu’eux ne devraient pas penser en ces termes, sauf si leur conception du commerce est moins honnête qu’elle ne devrait l’être et qu’ils ont, au fond d’eux, un peu de mauvaise conscience ! Il vaut mieux alors assumer qu’on ne pense qu’à l’argent.

Etre de gauche ne me donne pas « bonne conscience » car j’ai la conscience tranquille à la base, pour les raisons précédemment expliquées. De plus, je n’ai pas vraiment l’impression qu’il soit très « tendance » d’être de gauche en ce moment, avec l’image renvoyée actuellement par le PS, surtout dans l’environnement des écoles de commerce.
Il semble évident qu’une part non négligeable de ceux qui s’engagent dans des activités sociales, associatives, politiques, le font par besoin de reconnaissance. Mais il me semble que c’est aussi le cas de ceux qui s’engagent dans de grandes carrières dans les affaires. Tout le monde a besoin de reconnaissance, chacun la recherche à sa manière.

En ce qui me concerne, me dire de gauche ne cherche pas à signifier que je suis plus généreux qu’un autre. Je ne suis pas de gauche par idéalisme, je ne suis pas de gauche par charité, je suis de gauche par égoïsme. En effet, en tant que simple citoyen, je souhaite vivre dans une société dans laquelle les chances de réussir sont les mieux réparties possibles, dans laquelle la pauvreté est effectivement combattue, dans laquelle les prisons sont des endroits où l’on se réinsère et non où l’on apprend le crime, une société dans laquelle le système éducatif est considéré comme le meilleur des investissements. En tant que simple citoyen, je souhaite vivre dans une société méritocratique, non dominée par la reproduction inéluctable des élites. Je souhaite vivre dans une société qui ne s’accommode pas de la mendicité, de la délinquance, de la discrimination, de la ghettoïsation, et qui se dote des véritables armes pour les combattre, et pas simplement de nouvelles et inutiles lois pénales chaque année. Je souhaite vivre dans une société qui s’engage pour un développement durable et une économie positive, au-delà de simples effets de communication.

Je ne suis pas de gauche par sentiment, mais à l’issue d’un raisonnement qui me pousse à penser aux autres pour mieux, et non plus, penser à moi.

B.S.

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